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La pénurie des matériaux : hausse des prix

Retards de production et désorganisation des livraisons liés à la pandémie, envolée de la construction aux États-Unis et en Chine, et rénovation énergétique soutenue en France, la construction peine à s’approvisionner en matériaux de construction. Offre contrainte et demande soutenue : les prix s’envolent. Une situation préoccupante pour que le ministre de l’Économie s’en empare. SeLoger revient sur un phénomène inédit, sur ses conséquences pour le secteur de la construction et sur les mesures prises par Bruno Le Maire pour aider les professionnels du bâtiment à franchir cette passe difficile.

 


Une crise d’une ampleur inédite

Apparue courant 2020, la pénurie des matériaux de construction n’a pas cessé de s’aggraver. Professionnels de la construction, la situation ne vous a pas échappé et commence sérieusement à vous inquiéter. Vous êtes déjà nombreux à avoir alerté la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment : la CAPEB relève des hausses de prix de 5 à 300 %. À ce problème de prix s’ajoutent ceux liés aux incertitudes de livraison : nombre de fournisseurs sont aujourd’hui incapables de garantir un délai. 

Force est de constater que tout manque et tout augmente.

Selon les données de l’Insee :

> l’acier de construction a augmenté de 31,3 %,

> le PVC de 28,6 %,

> les tôles de 25,4 %,

> le cuivre de 22,2 %,

>les polyuréthanes de 11,6 %.

Le déséquilibre mondial de l’offre et de la demande ne semble pas se résorber et l’indice du coût de la construction relevé par l’Insee s’établit au premier trimestre 2021 à 1822, en augmentation de 2,94 % sur un an. La situation semble en outre s’aggraver : récemment interrogé par Ouest France, le patron d’une entreprise de la charpente de la Sarthe constate l’allongement des délais de livraison : de 8 à 12 semaines jusqu’alors, il faut aujourd’hui de 16 à 20 semaines pour obtenir certains bois.

En pleine relance, après trois confinements successifs liés à la crise de la COVID-19, la construction risque à nouveau la paralysie. Olivier Salleron, président de la Fédération Française du Bâtiment, estime que 30 % des chantiers risquent d’être mis à l’arrêt au moment où les carnets de commandes sont pleins.

Bon à savoir : mais où est passé le bois de construction ?

En France, les professionnels de la construction peinent à trouver le bois nécessaire à leur chantier. De fait, les chèques rénovation accordés par l’administration Trump aux familles américaines ont très bien fonctionné. Outre Atlantique, la rénovation bat son plein à un moment où la filière bois américaine est très affaiblie par manque de scieries opérationnelles. Les États-Unis importent donc massivement du bois européen notamment Allemand. La France, malgré les 31 % de son territoire occupé par la forêt, importe 40 % de son bois de construction depuis l’Allemagne fournissant aujourd’hui prioritairement les USA.

La réaction du ministère de l’Économie

Quand le bâtiment va, tout va. Le ministère de l’Économie n’a pas, en cette période de sortie de crise, oublié la célèbre et ancienne formule du député Martin Nadaud (1815-1898). La menace d’une paralysie des chantiers est prise très au sérieux par Bruno Le Maire, compte tenu de l’impact prévisible pour la croissance nationale. Après un recul de 8 % du PIB en 2020, le Gouvernement espère aujourd’hui dépasser sa prévision de croissance fixée à 6 %. Concrètement, la France ne peut pas se permettre une crise dans le secteur de la construction. 

Alerté par différents acteurs de la construction en France, Bruno Le Maire a, le 15 juin dernier, tenu une réunion de crise consacrée aux difficultés d’approvisionnement. Le ministre de l’Économie a annoncé trois mesures concrètes :

> l’envoi d’une circulaire aux acheteurs de l’État leur demandant de ne pas appliquer de pénalités en cas de retard lié à la pénurie actuelle des matériaux de construction ;

> la création d’un comité de crise dédié à détection des situations et comportements anormaux (en un mot spéculatifs) et au renforcement de la solidarité entre les professionnels de la filière du bâtiment ;

> la création d’une médiation de filière pour tout le secteur. La pénurie actuelle de matériaux de construction met une fois de plus à mal le modèle économique actuel de la mondialisation. 

Le « tout importation » place le bâtiment comme d’autres secteurs en situation de dépendance vis-à-vis de circuits d’approvisionnement potentiellement fragiles. Des difficultés qui plaident pour la relocalisation de la production des matériaux de la construction française. Une réflexion à mener sous l’angle écologique dans l’esprit de la Réglementation Environnementale 2020 : choisir des matériaux (notamment isolants) biosourcés et locaux.

Les trois points clés à retenir :

1. La pénurie touche tous les types de matériaux ;

2. 30 % des chantiers de construction pourraient être mis à l’arrêt ;

3. Les acheteurs de l’État ont pour consigne de ne pas appliquer les pénalités prévues en cas de retard de livraison lié à la pénurie de matériaux.

 

Sources :
https://www.capeb.fr/actualites/penurie-et-hausse-des-prix-des-materiaux-la-capeb-est-mobilisee-7gbnzu
https://www.capital.fr/immobilier/immobilier-limpact-inquietant-de-la-flambee-des-materiaux-sur-les-prix-des-maisons-neuves-1407689
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5396226
https://www.batiactu.com/edito/penuries-emploi-re2020-ffb-parle-sujets-brulants-qui-62062.php
https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/comment-expliquer-la-penurie-de-bois-en-france
https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/crise-du-coronavirus/materiaux-electronique-nourriture-les-4-principales-penuries-en-france-au-mois-de-septembre-59c918fa-116b-11ec-b41b-5a71844b338c